
El bosc de plàtans
Handke, Peter
Mon année dans la baie de personne
Si la Catalane s'approchait alors de moi, je la verrais aussitôt tout entière. D'un seul élan, je lui tendrais la main, et bien qu'elle ait toujours eu une aversion pour ce geste, surtout entre un homme et une femme, elle n'y trouverait rien à redire. J'aurais des allumettes à disposition pour sa cigarette, alors qu'elle les cherchait toujours interminablement au fond de son grand sac en tissu. Et, debout, je commencerais alors à lui parler de la fôret de platanes dans sa ville d'origine, Gérone, de ce jour d'hiver où, en y allant, il avait fallu, sur son ordre, que je ferme les yeux, puis "Maintenant regarde!" un scintillement qui remplissait mon champ de vision m'avait aveuglé, le gris des troncs de platanes l'un contre l'autre, presque sans intervalle ni air, et des feuillages tout aussi gris imbriqués au-dessus l'un dans l'autre. Jamais encore ja n'avais vu pareille forêt. Comme il n'y avait autour de moi que ce chatoiement d'un gris d'os, c'était comme si la forêt de platanes avait englouti l'endroit tout entier.
C'était comme lorsque en dormant, sans s'en apercevoir, on a été transporté d'une pièce dans une autre -un souvenir en multiples exemplaires que j'ai de mon enfance, surtout de la période où la famille était en exode- et que l'on se réveille dans un nulle part, devant, par exemple, une surface d'un gris effroyable, où je ne comprends qu'aujourd'hui, rétrospectivement, le ciel de l'aube au-dessus de l'une des frontières à passer tandis que le gris mobile en dessous est un chargement de gravier à l'arrière du camion qui sert à notre fuite.
-Quel vertige j'ai eu cette fois-là dans ta forêt!- dirais-je à la Catalane dans une pareille nuit des conteurs.












![La devesa [de Narcís Comadira]](http://www.ddgi.cat/atles/imatges/1142.jpg)

![La devesa [d'Enric Marquès]](http://www.ddgi.cat/atles/imatges/1143.jpg)







